La Presse: Grammy 2011: des violoncellistes montréalais en nomination

February 11, 2011

Peu de Montréalais savent que le violoncelliste montréalais Matt Haimovitz et son ensemble Uccello sont finalistes aux Grammys ce dimanche, catégorie «best classical crossover album». Classique? Crossover? Pas exactement. Formé des meilleurs étudiants en violoncelle à la Schulich School of Music de l’université McGill sous la gouverne de leur professeur, cet octuor a enregistré l’album Meeting of the Spirits avec le concert d’éminents collaborateurs dont le guitariste John McLaughlin. Rien de moins.

Il est le papa de deux fillettes qu’il n’hésite pas à qualifier de Québécoises. Compositrice, la maman vient du Massachusetts et lui est originaire d’Israël, pas très loin de Tel Aviv. Né de parents juifs roumains, il a migré aux États-Unis avec sa famille alors qu’il n’était âgé que de cinq ans. Il a finalement grandi à New York (Manhattan, upper west side) après avoir vécu un moment en Californie.

Matt Haimovitz a fait de brillantes études en violoncelle, soit à la prestigieuse Juilliard School of Music.  Il fut parmi les derniers étudiants de Leonard Rose, un des plus grands violoncellistes du siècle précédent. Inutile d’ajouter qu’il était promis à une carrière internationale. Il a d’ailleurs joué avec l’OSM à quelques reprises avant de s’installer au Québec avec sa famille.

«Nous sommes arrivés en janvier il y a six ans, au plus froid de l’hiver. J’étais venu déjà jouer à la PdA avec l’OSM mais ma femme et moi n’avions aucune idée de ce qu’était Montréal. Pour nous, ce fut une découverte totale. Nous sommes tombés en amour avec cette ville. La scène musicale y est phénoménale et  l’université McGill idéale pour l’enseignement de la musique.»

Six ans d’immersion plus tard, Matt Haimovitz émerge du circuit classique dont il demeure un inteprète  actif en plus d’assumer ses fonctions de professeur permanent à McGill. Avec ses meilleurs étudiants, il y ose des hybridations entre musique contemporaine écrite et jazz contemporain.

Meeting of the Spirits

«Je demeure un musicien classique, tient-il à rappeler. Ce projet de Uccello m’est inhabituel, mais je suis fasciné par l’improvisation. Vous savez, le violoncelliste Domenico Gabrielli improvisait avant que Bach ne compose! Les violoncellistes de l’époque baroque étaient de redoutables improvisateurs. Malheureusement, cette pratique fut évincée de la musique classique par la suite.»

Il fallut donc plus ou moins trois siècles pour que l’improvisation mobilise de nouveau certains virtuoses de tradition européenne. Et pour que ces virtuoses élargissent leurs horizons à d’autres genres, dont le jazz contemporain présente les formes les plus évoluées.

«J’ai travaillé avec le compositeur et professeur David Sanford dont j’avais aimé les parties de violoncelle dans une composition très shoenbergienne, contrapuntique, vraiment brillante. Je me suis intéressé à son art qui comprenait des éléments jazzistiques évidents, des grooves presque funk.  Je lui ai alors commandé Seventh Avenue Kaddish, une pièce où  le violoncelle est proéminent. Ce fut le début de notre collaboration dont le dernier chapitre est l’album Meeting of the Spirits.

«David adore écrire pour big band, mais avec beaucoup d’influences classiques. Il m’a déjà écrit un concerto pour violoncelle et orchestre de 20 musiciens. Je me suis dit alors pourquoi pas mon ensemble de violoncelles?Nous nous sommes impliqués dans ce projet. Il a fait les arrangements. Deux ans ont  passé et nous avons fait en sorte que Uccello puisse swinguer comme un ensemble de jazz.»

Ainsi, les huit violoncellistes ont beaucoup travaillé sur le rythme et se sont ouverts à l’improvisation.  Ainsi, ils sont restés fidèles aux arrangements signés David Sanford en interprétant les classiques du jazz moderne tirés des années 50, 60 et 70: Meeting of the Spirits et Open Country Joy du Mahavishnu Orchestra, Half Nelson de Miles Davis, Blues in A Minor de John Lewis, Liza de George Gershwin, Haitian Fight Song de Charles Mingus, WRU d’Ornette Coleman, Blood Count de Billy Strayhorn, Triptych de David Sanford.

Lancé il y a quelques mois, l’album s’est rapidement acquis un auditoire via plusieurs radios universitaires, ce qui n’a certes pas nui à sa mise en nomination aux Grammys.

L’enregistrement des violoncelles et du piano (Jan Jarczyk) fut réalisé à McGill, la batterie (Matt Wilson) à New York. Et la guitare?

«Je connais John McLaughlin depuis l’adolescence, parce que je connaissais la pianiste Katia Labèque, sa petite amie d’alors. Des années plus tard, il m’a demandé de collaborer à son album Thieves and Poets, et nous sommes toujours restés en relation. Pour ce nouvel album avec Uccello, il m’a donné l’autorisation de jouer ces pièces du Mahavishnu Orchestra.

«À tout hasard, je lui ai demandé s’il voulait s’impliquer. Très occupé, il m’a suggéré de lui faire parvenir la musique au cas où il trouverait le temps… Ayant aimé les arrangements, il a accepté de participer à la pièce Open Country Joy. Il m’a fait parvenir sa partie improvisée, parfaitement insérée dans le mix. Je ne pourrais imaginer écouter cette chanson sans ce solo!»

Il va sans dire, Matt Haimovitz souhaiterait inviter McLaughlin jouer lors don prochain passage à Montréal. L’été prochain?Qui sait… D’ici là, Uccello partira en tournée dans le sud des USA, notamment au très couru festival South By Southwest qui se tiendra en mars à Austin.

Sauf Chloé Dominguez, fraîchement diplômée, les violoncellistes de l’octuor sont toujours les élèves de Matt Haimovitz.

«Ils ont tous atteint un niveau technique très élevé, on ne peut vraiment dire qu’ils sont étudiants lorsqu’ils sont à l’oeuvre. Ils sont jeunes, doués et d’origines multiples. Dominic Painchaud vient  de Québec, Leanna Rutt et Andrea Stewart sont de l’Ontario, Amarilis Jarczyk et Chloé Dominguez sont de Montréal, Nahyun Kim et Yoona Jhon ont des racines coréennes. C’est un mélange.»

Et pourquoi un ensemble exclusivement composé de violoncelliste, Matt Haimovitz?

«Pour défendre l’idée suivante: le violoncelle est un cameléon. À tout le moins, il peut sonner comme le violon, l’alto ou la contrebasse. Et oui, il existe des ensembles de violoncelles réputés mondialement, notamment celui associé au Berlin Philharmoniker. Mais… pour l’instant, aucun ne peut swinguer comme le nôtre!»

By Alain Brunet

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