Matt Haimovitz et Mari Kodama: subtile ode au violoncelle français ★★★★

Par EMMANUEL BERNIER

Consacré à la musique de chambre française du début du XXsiècle, l’album MON AMI, Mon amour réunit la pianiste Mari Kodama et le violoncelliste Matt Haimovitz, respectivement associés aux maisons de disques Pentatone et Oxingale, qui ont établi un partenariat en 2015.

Les deux artistes ont chacun un lien avec le Québec, la première étant la conjointe de l’ancien chef de l’Orchestre symphonique de Montréal Kent Nagano et le second, professeur à l’Université McGill depuis de nombreuses années. Le disque, qui a été enregistré en juin 2019 au Skywalker Ranch du réalisateur George Lucas en Californie, célèbre également la réunion du violoncelliste avec son instrument, un Goffriller de 1710 qui avait été gravement abîmé quelques mois plus tôt.

Hormis deux courtes pièces de Fauré — Papillons et une transcription d’Après un rêve —,les œuvres jouées ont toutes été composées entre les années 1910 et 1940. À côté des deux jalons que sont les sonates pour violoncelle et piano de Debussy et Poulenc, le disque propose de courts morceaux de Ravel, Milhaud et des sœurs Nadia et Lili Boulanger.

Les deux musiciens offrent une interprétation très maîtrisée des œuvres au programme. Le violoncelle de Matt Haimovitz se distingue notamment par sa sonorité à la fois boisée et veloutée. Comme interprète, il fait très « grand style », à l’instar de Rostropovitch ou de Fournier. Il est au mieux dans les passages lyriques (Milhaud, par exemple) et dans le bouleversant Kaddish de Ravel. D’autres — Maurice Gendron ou, plus récemment, Jean-Guihen Queyras et Anne Gastinel — ont toutefois réussi à aller plus loin dans le côté fantasque des mouvements rapides de Poulenc ou Debussy. Même chose avec la dernière pièce de Nadia Boulanger, qui n’a pas grand-chose de « vite et nerveusement rythmé », comme le demande la compositrice.

IMAGE FOURNIE PAR PENTATONE MON AMI, Mon amour

La captation, réalisée de très près, donne l’impression de sentir les crins de l’archet racler les cordes. La chose a ses avantages, mais il me semble que cette musique profite d’une prise de son plus aérée laissant davantage s’épanouir la musique.

★★★★

Matt Haimovitz et Mari Kodama. MON AMI, Mon amour. Pentatone.

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